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Portrait de: A.R. Rahman
"Ma musique est un voyage"
Son nom ne vous dit peut-être rien. Il est pourtant le musicien indien le plus en vue du moment, compositeur (entre autres) de la bande originale de Slumdog Millionnaire. Le 17 juillet, AR Rahman déboule pour la première fois en concert en France. Portrait d’un musicien novateur, icône d’une génération.
« Il vient quand ? Le 17 juillet ? Il faut que je change mes dates de vacances ! » Depuis l’annonce du concert d’AR Rahman en France, c’est l’effervescence dans le quartier tamoul de Paris, du côté de la rue du Faubourg Saint-Denis. « Quand on distribue des tracts, le regard des gens s’allume, comme si dieu leur rendait visite ! » confirment les organisateurs de l’événement.
En Inde, l’engouement est le même. Notamment au Tamil Nadu, au sud-est du pays, dont le musicien est originaire. Gamins des taudis, jeunes cadres, rappeurs underground, DJ branchés : pour tous il est l’idole, la référence. « Peut-être parce que j’ai été le premier tamoul à obtenir une reconnaissance nationale, en 1992, pour le film Roja (voir la vidéo ci-dessous, ndlr). J’ai fédéré les troupes ! » sourit l’intéressé.
Né en 1966 à Chennai (Madras) dans une famille de musiciens, Allah Rakah Rahman montre vite des prédispositions. « Sa mère s’inquiétait : il passait ses journées enfermé dans sa chambre à composer ! » raconte un fan. Mais ses morceaux ont une âme, et le jeune prodige s’accroche. Apprentissage de la musique carnatique (1) avec des maîtres du genre, passage par Londres pour se former au répertoire classique occidental, intérêt pour les technologies : sans souci des frontières, le musicien dessine son style.
« Pendant des années, j’ai travaillé pour d’autres, explique-t-il. A un moment, j’ai simplement eu envie de composer les titres que j’avais envie d’entendre à la radio ! J’aime passer du temps à inventer mes propres mixes. Ma musique naît de l’intérieur. Je la vois comme un voyage. »
La bande-son de l’Inde contemporaine
Sons traditionnels, rock, soufi, électro, hip hop… Le « Mozart de Madras » mélange les genres. Et impulse un nouveau souffle au cinéma indien. « Il a été le premier à y introduire du rap, en 1994, rappelle Srikanth Kannan, MC tamoul de 21 ans. Les jeunes apprécient son côté novateur. »
Avec plus de 120 musiques de films au compteur, près de 200 millions d’albums vendus à travers le monde, une centaine de récompenses en Inde ou à l’international (dont deux Oscars, deux Grammy Awards et un Golden Globe pour Slumdog Millionnaire), AR Rahman est aujourd’hui, selon Time Magazine, l’une des cent personnalités les plus influentes dans le monde.
« Ce succès m’ouvre beaucoup de portes, notamment du côté d’Hollywood, et me permet de faire encore plus », commente l’artiste.
Au profit notamment de la reconnaissance d’une culture indienne qui ne se limite pas à Ravi Shankar et aux palais des Maharadjas.
« Les perceptions évoluent : le monde devient plus petit, l’Inde fait son chemin, dit-il. Ce pays parle de lui-même : il héberge les gens les plus riches et les plus pauvres de la planète. Une terre complexe où les déshérités, avec leur dignité, leur capacité à être heureux malgré tout, ont des choses à enseigner. »
Une terre diverse aussi, dont AR Rahman aime à célébrer les multiples facettes : « depuis le début, mon but est de faire émerger la musique du sud, en Inde et au-delà ». Dans une démarche constante de respect, d’ouverture et de partage.
Artiste en action !
« Cet artiste porte des valeurs dont on peut être fier, confirme Srikanth Kannan. Malgré son immense succès, il a su rester simple, droit, discret. » Discret, mais actif ! Du genre à organiser un concert gratuit en Australie devant 75000 personnes pour calmer les tensions communautaires suite à l’agression d’étudiants indiens, AR Rahman a créé une fondation « pour l’éducation et contre la pauvreté » au profit d’enfants défavorisés, ainsi qu’un conservatoire de musique à Madras.
« Cette ville est à la fois la capitale de la musique carnatique et le berceau du cinéma d’Inde du Sud (2), explique-t-il. Ces influences ont forgé son identité artistique. Dans chaque rue, tu trouves de super musiciens ; une richesse unique ! Mais les jeunes talents peuvent être facilement gâchés... L’école a pour ambition de leur donner des bases solides pour faire leur place et œuvrer au rayonnement de notre scène, au niveau national et international.»
Le 17 juillet à Paris, AR Rahman sera entouré d’une troupe de danseurs, chanteurs et acrobates, dans un show scénographié par Amy Tinkham – qui a travaillé avec Madonna, Britney Spears et Mariah Carey. «Sa venue signifie que le public français commence à compter, s’enthousiasme Fanta, parisienne de 26 ans dont l’iPod déborde de titres made in Rahman. Peut-être va-t-on enfin voir plus de films indiens sur nos écrans ! »
Réjane Ereau
(1) Musique traditionnelle d’Inde du Sud (2) En Inde, les studios plus importants se trouvent à Bombay (le fameux Bollywood), mais l’industrie cinématographique est aussi très active à Madras (Kollywood), ainsi que dans l’Andhra Pradesh et le Kerala.
- A.R. Rahman en concert le 17 juillet à Paris Expo (Porte de Versailles). Places de 29 à 199 euros. Partie des bénéfices de la tournée reversée à la Fondation AR Rahman.